Motion contre les frais d’inscription discriminatoires
Section histoire de l’art de l’École d’Histoire de l’Art et d’Archéologie de la Sorbonne
La section histoire de l’art de l’École d’Histoire de l’Art et d’Archéologie de la Sorbonne s’oppose fermement à la levée de l’exonération des frais d’inscription différenciés pour les étudiantes et les étudiants extra-communautaires, prévus dans le décret de préférence nationale “Bienvenue en France” instauré en 2019. Le désengagement de l’État nous met collectivement dans une situation intenable et nous refusons de le subir en faisant peser le poids de ce sous-financement structurel aux étudiantes et étudiants. La solution nous semble plutôt de solliciter avec insistance l’État afin que soit assuré un financement décent de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ce n’est qu’ainsi que des bases solides pourront être envisagées pour une université de qualité, avec des frais d’inscriptions et des droits d’accès égaux.
Nos enseignements en licence et en master sont concernés par cet abandon du principe d’égalité. Celui-ci a déjà été anticipé par l’introduction de deux plateformes de candidature distinctes, par exemple : “mon master” et “études en France”. Sur cette dernière, un message s’affichera dorénavant pour les formations de Paris 1 indiquant que, sauf exception, les études sont désormais payantes pour les étudiants hors Europe.
Certains parcours sont particulièrement exposés aux conséquences de l’application des frais d’inscriptions différentiés. Cela est le cas du nouveau parcours international Master Global History of Contemporary Art (MGHCA) qui a ouvert cette année et qui accueille des étudiantes et des étudiants du monde entier. En effet, comment enseigner une histoire de l’art globale sur la base d’une préférence européenne ? Avec des frais d’inscription discriminatoires, ce programme perd ses fondements et le sens même de nos activités pédagogiques est profondément transformé. Alors que Paris 1 nous incite à internationaliser nos enseignements et vient d’attribuer à notre composante une importante somme d’argent pour les cours transformés en anglais, elle retire en même temps les conditions pour pouvoir accueillir des étudiantes et étudiants internationaux.
Parmi les étudiantes et étudiants qui ont choisi le master GHCA et ont été sélectionnés sur des critères basés sur l'excellence de leur sujet de recherche et de leur parcours universitaire, beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur leurs conditions d’études et expriment un grand désarroi face à l’introduction des frais d’inscriptions différentiés. Elles et ils savent qu’après avoir bravé les régimes de visa discriminatoires, le retrait des APL pour les étudiants étrangers et les autres barrières administratives, ils et elles doivent à présent faire face à des conditions d’études tributaires de leur origine nationale.
En tant qu’enseignantes et enseignants, nous nous interrogeons sur les réponses que nous pouvons leur apporter sans les trahir. En tant qu’agentes et agents du service public, nous avons une responsabilité envers elles et eux, et nous ne souhaitons pas leur faire face en contredisant nos principes éthiques et politiques, ni qu’elles et ils soient divisés sur la base de leur origine nationale.
Les restrictions budgétaires imposées par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche aux universités les précarisent, et dégradant, plus généralement, les conditions de travail, d’enseignement, de recherche et d’études. Chaque année, le déficit budgétaire de l’université est creusé par l’augmentation des demandes de recettes en raison du désinvestissement de l’État. Ce sont ces conditions que nous souhaitons mettre en cause collectivement, et ne pas les « faire payer » au sens propre aux étudiantes et étudiants extra-communautaires.
Enfin, un point non négligeable est à souligner, augmenter les frais d’inscriptions pour ces étudiantes et étudiants signifie sans doute les faire renoncer pour une partie d’entre elles et eux à leur projet de formation au sein d’une université prestigieuse et faire perdre à celle-ci une partie de sa renommée internationale pour cette même raison.
La section d’histoire de l’art et d’archéologie de l’EHAAS rappelle son vif attachement à ce que l’université Paris 1 continue d’exonérer ces frais différenciés, pour garantir une université ouverte, accessible à toutes et tous et de grande valeur.
Section Histoire de l’Art de l’école d’Histoire de l’Art et Archéologie
Janvier 2026